Patrice Le Potier a 50 ans, c'est un Breton originaire d'un village proche de Mûr-de-Bretagne. Il habite à Mordelles depuis 1995, date de son affectation à la tour de contrôle de Rennes Saint-Jacques.
C'est le père de 4 enfants âgés de 9 à 23 ans.

Ainsi que nous l'évoquions en introduction, alors que Patrice suit des cours à la fac de Rennes, un copain connaissant bien le milieu aéronautique lui parle fortuitement d'un concours qu'il projette de passer. Celui-ci lui explique que la réussite à cet examen permet d'être employé soit en tant que technicien (poste sujet à évolution par voie interne), soit en tant qu'Ingénieur du Contrôle de la Navigation Aérienne (ICNA ou encore contrôleur aérien).
Nous sommes en 1985. Pour avoir de bonnes chances d'aboutir, outre le bac, il faut alors un excellent niveau en anglais (le plus gros coefficient) et de solides connaissances en français, maths et physique.
Patrice ne sait pas encore exactement dans quoi il s'engage mais suit ce copain qui, lui, a l'air de savoir et se présente à l'examen. Il est reçu et n'a plus que l'embarras du choix entre technicien et ICNA.

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La formation ICNA est dispensée au sein de l'Ecole Nationale de l'Aviation Civile (ENAC) à Toulouse. Elle dure 3 ans sachant que la seconde moitié se passe en alternance sur le terrain. Elle inclut par ailleurs un stage d'anglais de 2 mois dans un pays anglophone et un stage de pilotage d'un mois.
En fonction de son classement de fin d'études, l'élève choisit son affectation.

Patrice débute dans la région parisienne à Athis-Mons, puis travaille à La Rochelle avant d'être nommé à Rennes Saint-Jacques en 1995. 

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Mais en quoi consiste exactement son métier ?
Un contrôleur aérien se doit avant tout d'éviter les collisions en l'air entre avions et sur terre entre avions et véhicules. Il doit ensuite assurer la fluidité du trafic mais également l'accélérer au maximum ce qui demande une bonne maîtrise.

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Ce travail est plus ou moins complexe selon le nombre de pistes à surveiller, la fréquence des avions et la variété du trafic. En effet, il convient de savoir gérer la différence de vitesse entre un avion commercial type ATR ou CRJ et un avion monomoteur de tourisme type DR400. C'est d'ailleurs bien là que réside tout l'intérêt du métier et également l'intérêt pour le contrôleur de savoir piloter.

Le contrôleur aérien est en contact permanent par radio avec les pilotes en vol. Dans une phraséologie type, le dialogue s'instaure en premier lieu au sol dès que le pilote démarre le moteur de son avion. Ces premiers échanges permettent d'identifier l'avion, son type et sa destination.
Le contrôleur aérien communique, entre autre, un code transpondeur (radar) qui servira à suivre l'appareil sur un écran de contrôle tout au long de son trajet et assurer sa sécurité.
Chaque message est collationné par le commandant de bord pour attester d'une parfaite compréhension des indications qui lui sont fournies.   
Tous ces éléments encadrant le vol figurent en clair sur des "strips" ou "petites bandes de progression" en papier et serviront de référence en cas de besoin. Les images radar sont également enregistrées.

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Pour tenir compte de l'augmentation du trafic au cours de ces dernières années, plusieurs fréquences de radio existent à Rennes : sol, tour, approches nord et sud.
En prenant son poste, le contrôleur choisit une "position" qui correspond à des phases de vol bien précises. La position "tour", par exemple, concerne les phases de roulage au sol, décollage et atterrissage. Pilotes et contrôleurs doivent être précis et concis dans leurs messages pour libérer au plus vite la fréquence pour tous les appareils en vol.

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A Rennes Saint-Jacques, 3 équipes de 9 contrôleurs se partagent le travail sachant que la tour de contrôle est ouverte 24 h / 2 4,  tous les jours de l'année sans exception. Des tours de service sont gérés en fonction de cette contrainte.
La zone d'intervention s'étend de Nantes à Jersey et de Laval à Lannion.
Lorsqu'un avion quitte cette zone pour une autre, le contrôleur doit au préalable en informer par téléphone son homologue. Ainsi, lorsqu'un contrôleur assure la position "approche", une grande partie de son travail se déroule au téléphone avec le personnel des autres tours de contrôle.

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Dans ce domaine où la sécurité joue un rôle crucial, la formation continue est essentielle. Une partie de celle-ci est fournie sur un simulateur à Nantes où les contrôleurs sont placés en situation dégradée et stressante (feu à bord, orages...) pour tester leurs réactions et s'assurer de leurs capacités à gérer convenablement de tels évènements.
Une autre partie également importante concerne la maîtrise de l'anglais, laquelle est primordiale puisqu'à Rennes, environ 30% du trafic se déroule dans cette langue.


Focus : et pour les avions légers ?

Pour un pilote d'avion de ligne, la présence d'un contrôleur aérien est incontournable, nous en sommes tous conscients.

Pour un pilote d'avion léger souvent seul pilote à bord, c'est une sécurité et un soulagement car le travail à bord est important et complexe. Il faut surveiller et régler ses paramètres de vol (avoir la bonne vitesse, le bon cap, la bonne pente, gérer les radios, etc...) et aussi vérifier sa position dans l'espace (altitude, route voulue et route suivie, etc...) et enfin regarder à l'extérieur pour éviter les éventuelles collisions.
Voici un exemple des cartes (aéroport de Rennes) qui sont sur les genoux  du pilote à un moment ou à un autre de son vol (ou dans son GPS s'il en a un) :(cliquez dessus pour les agrandir)

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La présence du contrôleur permet d'avoir une surveillance du trafic et une gestion facilité de l'approche et de l'atterrissage. C'est un plus indéniable.