Cette bâtisse existe en effet et conserve une fière allure malgré les années. Il s'agit de la ferme de La Haichois, exemple unique à Mordelles d'une construction en pisé lyonnais.
Nous devons cette particularité dans notre décor mordelais à Charles de La Haichois et à son épouse Eugénie de Blignières, les grands-parents de Robert de Toulouse-Lautrec.
Lorsque Charles de La Haichois hérite de la propriété de La Haichois, le Vieux La Haichois, les bâtiments sont en mauvais état. Il se montre alors très attaché à leur reconstruction mais décède le 15 mars 1861 alors que les travaux viennent tout juste d'être lancés. C'est son épouse, Eugénie, qui va poursuivre seule ce qui a été amorcé et la tâche est lourde.

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Pourquoi construire en pisé de Lyon ? Nous n'avons pas la réponse mais ce dernier a alors une réputation mondiale et constitue la technique de référence présente à travers toute l'Europe, les Etats Unis et même l'Australie. C'est probablement l'une des explications.
pise-lyon_03.jpgIl exige un outillage spécifique. La terre est tassée entre 2 banches de bois verticales (coffrage) reliées entre elles par des clés d'écartement correspondant à l'épaisseur du mur (au minimum, 60 à 70 cm).
Les ouvriers ont l'habitude de travailler au printemps et à l'automne lorsque la terre contient naturellement une bonne quantité d'eau pour être damée. Notre région est-elle plus humide que celle de Lyon ou le début de l'année 1861 est-il particulièrement froid et pluvieux ? Toujours est-il qu'en juillet Eugénie de La Haichois se désole : "je fais venir 2 ouvriers lyonnais qui me coûteront très cher et si le temps d'hiver continue, ils ne pourront rien faire...". 
Les ennuis s'accumulent : pour le coffrage, il faut du bois et le bois de la propriété a été pillé. En outre, les fermiers, qui constituent normalement la main d’œuvre nécessaire aux maçons pour réaliser la construction, sont pris par les moissons. 

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Sur la photo ci-dessus, figure la grange qui n'a pas encore été restaurée. Là où l'enduit se détache, on voit apparaître plus nettement le pisé.
pise-lyon_07.jpgDeux grandes portes, dont l'une sur glissières, devaient permettre l'accès aux charrettes de foin. Celui-ci pouvait être stocké à l'étage de même que le grain.
A même le sol, une autre pièce plus sombre et plus fraiche abritait une presse à cidre. La température y est idéale pour la conservation du cidre. 

Pour mieux apprécier l'ampleur des travaux, il faut savoir qu'en parallèle, Eugénie de La Haichois fait réparer entièrement la chapelle et construire, également en pisé de Lyon, ce qu'elle appelle "les communs" (photo ci-dessous).
Elle les conçoit pour être une "habitation de transition" avant l'édification d'un futur château. Elle s'y installe en 1863 et y décède un an plus tard le 8 juillet 1864.
Les travaux de construction du futur château ou actuel château de La Haichois sont entrepris par la fille d'Eugénie, Emilie de La Haichois, à partir de 1888.
Les communs sont transformés vers les années 1925 par Robert de Toulouse-Lautrec pour y créer les actuelles écuries.

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Nous remercions Béatrice de Blignières pour toutes les informations qu'elle a bien voulu nous communiquer pour nous permettre de retracer une petite partie de l'histoire de sa famille et du patrimoine mordelais.